Mission : Liftoff

Quelle différence entre un jetpack et des haricots magiques ?

Quelle différence entre un jetpack et des haricots magiques ?

 

Des fois on écrit sans le vouloir des grosses bêtises. Par exemple, dans l’un de mes premiers billets, j’avais affirmé que oui, les micros Thomson étaient morts. C’était sans compter sur les passionnés qui œuvrent toujours à faire vivre la machine, en concevant des émulateurs, en réalisant des démos, voire carrément de nouveaux jeux comme celui dont nous allons parler aujourd’hui. Bon, ça ressemble quand même pas mal à de la respiration artificielle, mais chuuuuut.

 

Conçu par François Mouret, Hervé Piton et Benoît Charcosset et résultant d’un travail de quatre ans, Mission : Liftoff est un “vrai” jeu Thomson. C’est-à-dire qu’il tient sur une disquette Thomson, et peut tourner sur un TO8, un TO8D ou un TO9+. Bref, c’est potentiellement un jeu auquel j’aurais pu jouer, à onze ou douze ans, sur mon Thomson. Et au lieu de ça, je me tapais des portages dégueulasses tout en bavant sur les couleurs chatoyantes affichées par les Amstrad CPC de mes copains.

 

C’est bête à dire, mais c’est presque du dépit que j’ai ressenti en jouant à Liftoff. Le jeu exploite à fond les capacités de la machine et, résultat, il est magnifique. Bien supérieur à des réalisations 8 bits sur Spectrum ou Commodore 64, des machines qui se sont pourtant vendues comme des petits pains, pendant que personne n’en avait rien à faire des micros Thomson. Trente ans après, grâce à trois développeurs chevronnées, je peux clamer que j’avais raison: Thomson, ça cartonne !

 

Une cité futuriste en fond de décor d'une beauté crépusculaire.

Une cité futuriste en fond de décor d’une beauté crépusculaire.

 

Dans Littoff, vous incarnez un personnage chargé, tableaux après tableaux, de reconstruire son vaisseau spatial pour s’enfuir le plus loin possible des extraterrestres qui l’agressent avec un remarquable dévouement. Les concepteurs ne s’en cachent pas : le jeu s’inspire librement d’un jeu 8 bits nommé Jetpac, et quelques secondes d’une démonstration de ce dernier sur Spectrum permet de voir en effet toutes les similitudes de gameplay. Et par comparaison, encore une fois, tout le talent de la réalisation.

 

D’abord, Liftoff est beau. Il affiche des décors splendides avec un jeu de couleurs subtil, qui rappelle les univers fantomatiques dessinés par des productions comme Bob Winner, ou carrément Another World. C’est fluide comme jamais, le personnage et les ennemis sont ciselés, un petit flash survient quand on touche sa cible, le jeu se lance en dessinant un fondu sur l’écran d’accueil du Thomson, il affiche une introduction de ouf avec de la musique digitalisée par dessus (si l’on dispose d’une extension 512K)… Sérieux n’en jetez plus : le soft a une classe d’enfer.

 

Ensuite, Liftoff est maniable. Pas un seul ralentissement au cours de la partie, un personnage qui réagit au quart de tour, des masques de collision impeccables qui permettent de se faufiler entre deux pieuvres de l’espace, ou d’éviter en un coup de flèches directionnelles une soucoupe volante taquine. Fort précieux, quand les ennemis deviennent au fur et à mesure de plus en plus rapides, et développent des pattern de plus en plus chaotiques.

 

Qui a peur du méchant Cthulhu ?

Qui a peur du méchant Cthulhu ?

 

Si le jeu peut sembler facile au début, notamment avec la possibilité de tirer en continu et la rapidité de déplacement du personnage principal, il devient vite retors au bout de plusieurs minutes. Et carrément démoniaque lorsqu’il est question d’affronter le boss de fin de niveau, qui peut changer de direction pour vous rentrer dedans à tout moment et joue de surcroît à vous balancer des boules de feu à la tronche. Un vrai boss de shoot-em-up comme on les aimait dans les années 80 et 90.

 

Vous l’aurez compris, Liftoff est à découvrir. Ce qui tombe bien, puisqu’il est jouable gratuitement sur émulateur, en attendant une version physique sur disquettes en 2019. Envie de voir ce que le Thomson avait (vraiment) dans le ventre ? Jetez-vous sur cette petite merveille qui, je l’espère, fait la fierté de ses créateurs, tant on sent le boulot qu’ils ont mis dedans. La beauté d’un jeu (quasi) 16 bits avec la maniabilité d’une console Nintendo, que demander de plus à part la gloire et la fortune ?

 

Et sinon, Machin le Thomsonaute, c’est quand que tu consacres un billet à La Secte Noire, portage réalisé sur Thomson voilà de nombreux mois par d’autres créateurs tout aussi passionnés et non moins talentueux ? Oui bon, j’en ai envie, mais j’ai la flemme, alors ça viendra quand je serai moins fainéant. Mais promis : celui qui nous pond un portage valable de Samantha Fox Strip Poker pour Thomson TO8 aura les honneurs de mon blog dans la seconde qui suit.

 

Un boss de fin de niveau qui a les boules.

Un boss de fin de niveau qui a les boules.

9 comments

  1. stan dit :

    Une belle découverte faite en parallèle sur le groupe FB thomsoniste, sur lequel je crois t’avoir vu poster. Comme tu le soulignes, les Thomson dans leur globalité ont été les vilains canards de la micro (avec les Alice et les Excelvision), les portages étaient globalement bâclés, des conversions venant souvent du Spectrum, non optimisées avec des tonnes de Basic et peu d’assembleur… Pourtant des titres comme Sapiens, comme le 5eme Axe, comme 3D fight et maintenant l’adaptation de La Secte Noire ou Mission Liftoff prouvent qu’avec de l’astuce, des qualités de programmeurs et du temps, on peut réaliser des jeux qui réussis, jouables et qui font honneur à leur support. Bravo aux programmeurs!… et merci pour ce fort beau billet.

    • Le Thomsonaute dit :

      Merci Stan, difficile en effet de ne pas saluer la sortie d’un jeu aussi réussi. Avec un tel potentiel, on se demande quelles autres merveilles seraient possibles… !

  2. Fonf dit :

    Cette intro de ouf. Comme est-ce possible des ziks comme ca sur Thomson TO8 avec son chip sonore asthmatique !? Je serai tombé la dessus en 1986 en allumant mon TO8, c’était le malaise vagal direct.

    Par contre pour le reste, ça tue pour du Thomson mais on est loin quand même des cadors 8 bits genre C64 et je parles même pas de 16 bits 🙂

    Mais perso ça reste du jamais vu sur Thomson ! Ça m’aurait changé de Green Beret ahah

  3. HP dit :

    HPSalut, c’est Hervé, le graphiste sur Mission: Liftoff. Merci pour ce super test, detaillé et très enthousiaste ! Ça fait plaisir de voir que l’objectif qu’on s’était fixé, montrer ce que les Thomson avaient vraiment dans le ventre, semble atteint.

    Une petite remarque par contre : le jeu tourne avec 256 K. L’introduction ne sera pas affichée et il n’y aura pas de musique sur les écrans de présentations, mais le jeu lui-même est exactement le même qu’avec 512 K.

  4. Samuel DEVULDER dit :

    Pour Samantha Fox Stip Poker, ca ne doit pas être très difficile car apparemment c’est du N&B.. sur Spectrum & du gris sur C64 du moins (https://www.youtube.com/watch?v=ZfoVR0JpVrU). Sur Thomson on peut faire bien plus coloré, cf ==> https://www.cjoint.com/doc/18_10/HJftAfoPu0r_smsp.gif

    • Le Thomsonaute dit :

      Hello Samuel, oui en effet cela relevait de la boutade, je doute que Samantha Fox Strip Poker soit techniquement difficile (pour quelqu’un qui s’y connait bien sûr, ce qui n’est pas mon cas du tout) à adapter sur Thomson. 😉

  5. […] retours de la communauté Thomson et au delà ont été très positifs (voir ici, ici, ici, ou ici, par exemple) et je pense que l’effet de surprise a également joué en notre faveur, […]

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