Bob Winner

À la musique, Michel Winogradoff, qui signera de nombreuses compositions avant de se tourner vers une carrière d'acteur de cinéma.

À la musique : Michel Winogradoff, qui signera de nombreuses compositions avant de se tourner vers une carrière d’acteur de cinéma.

 

Ce monde ressemble (un peu) au notre mais ce n’est pas le notre. Ce personnage ressemble (beaucoup) à un homme mais ce n’est pas un homme. Bob Winner vous embarque dans un voyage sans merci vers une destinée en constant renouvellement. Mais prenez le temps d’admirer les paysages, ils valent le détour !

 

Voici un jeu qui compte parmi ceux qui m’auront le plus marqué durant mon enfance frénétique de thomsonaute. En premier lieu parce que la première disquette que j’avais achetée – enfin, que mes parents m’avaient achetée – ne fonctionnait pas. Le jeu s’était lancé une première fois puis, les fois suivantes, le chargement perdurait in extenso. Une fois la disquette changée les choses allèrent mieux mais il me semble toutefois que, là encore, un bug finit par survenir et rendre le jeu injouable.

 
Il est d’ailleurs amusant de noter que la première « rom » pour émulateur que j’ai essayée ne marchait pas non plus. À croire que Bob Winner sur Thomson est maudit pour plusieurs générations, condamné à ne fonctionner que de manière chaotique. Grâce à l’excellent site DCMOTO, dont je ne cesserai de chanter les louanges, j’ai enfin pu récupérer une version valide du jeu, et retrouver des sensations depuis longtemps enfouies dans les tréfonds de ma mémoire.

 

Au pays de la liberté.

Au pays de la liberté.

 
Avant d’être un jeu, Bob Winner est un univers. Évidemment, j’admets que ce genre d’assertion vaut pour environ 99 % des jeux de cette époque. La créativité et l’imagination étaient au rendez-vous, exaltées peut-être par les contraintes techniques. Et puis nous étions dans les années 80, une époque où la science-fiction s’affichait sans complexes, totalement délurée – et parfois naïve.

 
Pas question de faire mon Zemmour et de dire que les jeux d’aujourd’hui manquent d’ambition, mais la plupart d’entre-eux semblent avant tout tendre vers un réalisme ultime, ou vers une reproduction fidèle de standards cinématographiques. Avec, bien naturellement, de nombreuses exceptions. Cela n’empêche pas ces jeux d’être merveilleux à jouer : c’est juste un autre charme, qui n’est pas celui – et c’est tant mieux, après tout – des productions d’il y a trente ans.

 
Bref, Bob Winner est clairement plus proche de la bande dessinée que du cinéma. C’est d’autant plus évident que la notice elle-même se présente sous forme de bande dessinée, relatant les aventures de l’androïde Bob Winner face à son terrifiant destin. Une notice de toute beauté, qui finit d’inscrire le jeu parmi les réalisations les plus brillantes de son temps. Il est d’ailleurs étrange que Bob Winner soit tombé dans un relatif oubli au lieu de devenir culte comme nombre de ses congénères.

 

Prisonnier des sables mouvants.

Prisonnier des sables mouvants.

 
Tous les ingrédients sont pourtant réunis : une atmosphère proche du steam punk servie dans des décors démentiels, eux-mêmes relayés par des graphismes de grande qualité, y compris sur la version Thomson qui ne souffre aucunement de son caractère quasi-monochrome. Au contraire, en jouant sur des dégradés de teintes jaunes et violettes, le jeu se révèle esthétiquement fascinant. Tout simplement lunaire.

 
Ajoutez à cela, dans la marmite du parfait gamer, un gameplay agréable, des enjeux ludiques qui se diversifient et se complexifient tableaux après tableaux, et une fluidité des animations qui fait joliment se mouvoir votre personnage sans rogner sur la maniabilité, et vous obtenez après cuisson une réussite de maître. En somme, n’ayons pas peur des mots : un véritable chef-d’oeuvre.

 

Un baril et Big Ben.

Un baril et Big Ben.

 
L’objectif du jeu ? En partant d’un point A, faire parvenir votre androïde à un point B. Et c’est probablement le pire résumé d’un jeu vidéo qui ait jamais été écrit, donc j’explicite : pour parvenir à ce point B, Bob devra éviter divers obstacles ou ennemis, parmi lesquelles des abeilles piquantes, des couteaux volants, des tonneaux roulants ou des sables mouvants. Il pourra leur échapper en se baissant ou en sautant au moment opportun, voire en les détruisant d’un coup de pied bien placé, une commande que j’aurais aimé découvrir au début du jeu plutôt qu’au bout d’une heure, tant elle simplifie la vie dans certaines situations…

 
Mais ce n’est pas tout : Bob Winner devra également affronter trois androïdes ennemis qui pratiquent chacun une discipline bien définie : la savate, la boxe et le duel au revolver. Afin de pouvoir les combattre, il faut donc récupérer trois items : une chaussure, un gant de boxe et une arme. Mais ces items ne sont pas toujours accessibles avant que vous ne croisiez la route de l’ennemi, aussi vous aurez quelquefois à revenir sur vos pas et vous retaper les tableaux qui vous ont déjà amplement compliqué la vie pour pouvoir terrasser vos adversaires.

 

Ça savate au Taj Mahal.

Ça savate au Taj Mahal.

 

À noter que ceux-ci ne sont pas excessivement difficiles à vaincre, à l’exception notable du cow-boy qui demande une certaine technique, un peu de dextérité et beaucoup de chance. Pour ce qui est des combats en corps à corps, le fait que rien ne permette de différencier votre personnage de l’adversaire peut également rendre l’action un petit peu confuse.

 
Une fois les androïdes éliminés, trois clés seront en votre possession qui vous permettront d’ouvrir la grande porte se trouvant en bout de niveau. Vous atteindrez alors un étrange et mystique centre de régénération pour androïdes qui vous soumettra à différentes épreuves : tests de mémoire, tests de logique et tests de perception auditive. En cas de succès, votre énergie et vos neuf vies seront restaurées et vous repartirez pour un nouveau tour de piste plus difficile que le précédent. Sisyphe, en somme.

 

Cette ville n'est pas assez grande pour nous deux.

Cette ville n’est pas assez grande pour nous deux.

 
Je ne sais pas si le jeu a une fin à proprement parler. Les premiers niveaux sont accessibles, ils poseront des soucis sans être d’une difficulté rebutante, mais à mesure que l’on progresse dans le jeu les obstacles deviennent plus nombreux et plus rapides, parfois impossibles à éviter, et le nombre d’androïdes à terrasser double puis triple, ce qui rend évidemment les choses quelque peu fastidieuses. J’ai laissé tomber au bout du cinquième niveau, je l’avoue. C’est d’ailleurs là le gros défaut du jeu : son caractère répétitif et son absence de finalité. Aussi beau et jouable soit-il, il finit tout de même par lasser.

 
Bob Winner n’en demeure pas moins, à mon sens, l’une des plus belles réussites en terme de jeux sur Thomson. Un portage qui sait user des capacités de la machine pour offrir un jeu d’arcade à la fois beau et fluide, sobre et déroutant, à l’atmosphère inimitable, et cela dès la musique et l’animation de son écran-titre. S’il faut de tout pour faire un monde, c’est avec presque rien que les auteurs de ce jeu en ont fait un. Et le résultat est merveilleux.

 

Le centre de régénération, où le délire atteint son paroxysme.

Le centre de régénération, où le délire atteint son paroxysme.

 

One comment

  1. Samuel DEVULDER dit :

    Il est magnifique ce jeu. Gros sprites, méga scrolling, animation relativement fluide, musique. Que demander de mieux? Merci de m’avoir fait découvrir ce titre.

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