Renegade

Le jeu est craqué. C'est mal.

Le jeu est cracké. C’est mal.

 

À ma connaissance, les portages de bornes d’arcade sur Thomson ne sont pas légion. Comme cela, de mémoire, je peux en citer deux : Green Beret, et Renegade. Et dans les deux cas, si l’esprit reste le même, le résultat n’en est pas moins très différent de l’original.

 

Le renégat que vous êtes, si vraiment votre personnage donne son nom au jeu, doit affronter divers gangs au sein de paysages urbains variés, dans le but très probablement de libérer sa petite amie ou quelque chose du genre. À vrai dire, la version Thomson ne prend pas la peine de vous soumettre un scénario : elle vous envoie directement dans le métro, à devoir affronter des loubards armés de battes de base-ball et coiffés d’un masque sur le visage. Enfin, j’espère du fond du coeur que c’est un masque. Sinon, c’est la pire caricature raciste de Noir que je n’ai jamais vu dans un jeu vidéo grand public.

 
Les aventures de notre héros l’amèneront ensuite à s’en prendre à une bande de motards, puis à des prostituées (légèrement) vêtues de cuir et maniant le fouet avec dextérité – oui, exactement comme dans Streets of Rage, vous avez bien deviné. Le dernier niveau vous amènera dans un bel appartement où le boss final, nettement moins pouilleux que les précédents, tâchera de vous faire la peau à coups de revolver. Mais pourquoi tant de haine ?

 

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Drôle d’époque où l’on donnait son téléphone privé dans un jeu cracké…

 

J’ai une tendresse toute particulière pour Renegade. Lorsque j’étais enfant et fréquentais les bornes des salles d’arcade, c’était l’un des rares jeux que je réussissais à finir. Je reviendrai sans doute un jour sur ces jeux que l’on finissait et sur l’arcade en général, mais contentons-nous de dire pour le moment que Renegade m’avait marqué. Par sa facilité, d’une part. Par son gameplay de l’autre, qui inversait malignement les boutons selon l’orientation de votre personnage. Ce qui m’amenait une fois sur deux à donner un coup de poing en voulant donner un coup de pied, ou l’inverse. Autant dire que ce système singulier demandait tout de même une petite concentration.

 
Rien de tout cela dans la version Thomson, où les commandes ne sont cependant pas plus instinctives. Si le bouton permet de donner des coups de poing, vous devrez appuyer sur une diagonale bas (gauche ou droite, peu importe) pour donner une talonnade, et appuyer en même temps sur haut et le bouton puis une deuxième fois sur le bouton pour donner un coup de pied en l’air. N’essayez pas cela avec les doigts collants parce que vous venez de manger de l’ail, c’est très désagréable.

 
De toute manière, la seule attaque que vous aurez besoin de maîtriser est ce fameux coup de pied en l’air. Elle vous permettra de mettre KO vos ennemis sans avoir besoin de beaucoup insister, tant ils sont fragiles. Vous les assommerez en deux coups, que cela soit au premier ou au dernier niveau. C’est d’ailleurs l’un des points remarquable de Renegade : une absence presque totale d’évolution de sa difficulté.

 

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Rêve de cuir ?

 

Pour peu qu’il applique les règles de base de tous les beat-em-all du même style, à savoir tenir ses ennemis à distance et éviter de se laisser encercler, le joueur passera les niveaux sans trop se fouler le poignet ou se creuser la cervelle. Cette facilité provient également de la lenteur du jeu : quand des motards prétendent vous foncer dessus avec une bécane qui fonce à quinze à l’heure, les éviter n’a rien de bien sorcier.

 
Quant aux boss de fin de niveau, ne craignez pas non plus le traumatisme crânien : les deux premiers sont identiques, et la mère maquerelle du troisième level est assez amusante mais ne posera pas beaucoup de problèmes. Le tout dernier boss est un peu plus délicat avec ses balles qui tuent en un coup, mais il ne m’a pas non plus empêché de dormir. Il faut croire que le concepteur avait lui-même conscience de la facilité de son jeu, le message entre chaque niveau étant : « level complet, bien sûr ! » Comment, en effet, aurait-il pu en être autrement ?

 
À noter que le jeu n’a pas de fin à proprement parler : en conclusion du quatrième niveau, une fois le big boss défait, vous revenez tout simplement au début du jeu. Avec les mêmes ennemis, en nombre égal, qui meurent toujours aussi facilement. Bref, même pas un bisou de la petite amie courageusement libérée pour vous récompenser de vos – légers – efforts : juste un reboot en guise de félicitations.

 

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Le boss final, dont les balles tuent en un coup.

 

Et du point de vue graphique ? Bon, évidemment, c’est pas du Rembrandt. Les couleurs ont été ramenées à leur plus simple expression et les personnages transparents ne sont pas toujours du meilleur effet, mais le tout confère justement au jeu l’ambiance glauque voire sordide des bas-fonds dans lesquels il nous promène. Une mention spéciale tout de même pour l’écran titre qui en jette. Quant aux bruitages, dommage qu’ils se résument à un simple « clic » quand un ennemi se fait toucher : ça donne un peu l’impression qu’on se bat avec des claquettes aux pieds.

 
Renegade est au final un portage audacieux mais un peu décevant. Ce n’est pas tant sa faible difficulté ni la médiocrité de ses graphismes qui le plombent, mais la lenteur de ses animations et le mal qu’a le programme à gérer plusieurs animations en simultané.Il n’en demeure pas moins un jeu qui m’a donné bien du bonheur par le passé, et que j’ai aimé rejouer sans complexe. Mais pas plus d’une demi-heure non plus !

 

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L’écran d’accueil qui pleure du sang, ça fait son petit effet.

 

 

3 comments

  1. Fabien dit :

    Pour compléter, je dirais que le jeu d’arcade Renegade / Kunio-Kun est sorti en 1986 et a été adapté dès 1987 sur micros et consoles 8 bits (Spectrum, c64, nes, amstrad) puis sur ordis Thomson en 1988. La version Thomson est (malheureusement) un portage quasi identique de la version Spectrum, comme cela se faisait souvent sur le CPC à cette époque(je pense à R-Type). Si ce jeu était taillé pour le MO5, le TO8 aurait mérité d’avoir une version plus « digne » c’est à dire se rapprochant des versions C64/CPC, bien réussies (et pas faciles du tout !).

  2. Stan dit :

    J’étais déjà passé au CPC quand j’ai eu entre les pattes Renegade (je possédais cependant toujours un MO5). Ce n’est que 2-3 ans plus tard que j’ai joué à la version Thomson, sur MO6, chez un pote. Il est clair que cette version ne tient pas la route face à celle du CPC. Cependant, j’ai quelques bons souvenirs dessus (une fois avoir accepté la lenteur de l’animation). Le pauvre processeur fait ce qu’il peut – peut-être que la programmation n’a pas été optimisée – mais on retrouve des sensations sympas et on s’amuse, beaucoup plus que sur des adaptations franchement loupées : Green Beret ou pire, Slap Fight…
    Je dirais que mise à part Arkanoid, aucun jeu d’arcade n’était adaptable. Quelques clones de jeux plus anciens tenaient la route : Eliminator (clone de Gorf avec des sprites issus de Space Invaders) ou Yeti (clone des Donkey Kong(s)).

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