Demonia

Un jeu aussi démoniaque que son titre

Un jeu aussi démoniaque que son titre

 

D’abord, il y a les jeux qui nous ont marqué mais dont on se souvient. Logique. Ensuite, il y a les jeux qui ne nous ont pas marqué et dont on ne se souvient pas. Logique aussi. Après, il y a les jeux qui ne nous ont pas marqué mais dont on se souvient quand même. Moins logique, mais pourquoi pas ? Enfin, il y a les jeux qui nous ont marqué et dont on ne se souvient pas. Pas logique du tout ? Certes. Mais c’est pourtant le cas de Demonia.

 

C’est grâce au groupe Facebook des Thomsonistes que Demonia a ressurgi dans ma mémoire. Il n’a pas fallu plus que quelques secondes d’une vidéo du jeu pour réaliser que j’y avait joué dans ma prime jeunesse. Et pas qu’un peu, a-priori. Et pourtant il s’était depuis évaporé de mes méninges. À l’exception de quelques bribes de souvenirs qui s’étaient mélangées avec Alienator. Bref, une belle confiture de Proust qui se décante aujourd’hui.

 

Et sinon, à part ça, le soft en question ? Des chroniqueurs le présentent volontiers comme un Ghosts’n Goblins à la française. Tentant en effet de rapprocher les deux titres : dans l’un comme dans l’autre, au moins sur le premier niveau, votre mission consiste à parcourir un cimetière en détruisant à l’aide de projectiles les ennemis issus d’outre-tombe qui vous assaillent. Autre point commun ? La difficulté. Ghosts’n Goblins, comme ses suites, a la réputation d’être un jeu particulièrement retors. Demonia, de son côté, fait carrément dans le démentiel.

 

Un petit air de Ghosts'n Goblins à la française, en plus lunaire et moins jouable

Un petit air de Ghosts’n Goblins à la française, en plus lunaire et moins jouable

 

Je pense d’ailleurs que c’est par là qu’il faut commencer. Demonia n’est pas seulement difficile : Demonia est impossible. En trichant éhontément, comme j’en ai l’habitude, avec la fonction sauvegarde de l’émulateur DCMOTO, j’ai tout juste réussi à atteindre le deuxième niveau du jeu. Et comme, très généreusement, Demonia ne restaure pas la barre de vie du joueur en passant d’un niveau à l’autre, je ne suis parvenu à tenir que quelques dizaines de secondes avant de me faire occire sans autre forme de procès.

 

Pour résumer, Demonia est un jeu d’arcade basique : le but est d’avancer en tuant les ennemis qui se présentent devant (ou derrière) vous, jusqu’à affronter un boss final dont la mort vous transporte au niveau suivant. Quelques obstacles se trouvent également sur votre chemin et vous obligent à sauter par dessus, mais le jeu tient plus du shoot-em-up que de la plateforme. Du moins, encore une fois, d’après ce que j’ai pu en voir. Les niveaux suivants comportent-ils des phases de triples sauts périlleux par-dessus des lacs enflammés ? Je ne le saurai sans doute jamais.

 

Petite particularité : alors que les jeux d’action ont tendance à nous faire aller de gauche à droite, Demonia nous invite pour sa part à aller dans la direction opposée. Pour autant, il est parfaitement possible de courir vers la droite. Pas de mur invisible : le scrolling suit fidèlement le joueur, tandis que celui-ci évolue dans un décor sans âme qui vive. Une fois reparti vers la gauche, les ennemis font leur soudaine apparition. Je n’ai cependant pas la sensation qu’un chemin précis soit à suivre. L’arrivé de nouveaux adversaires comme de(s) boss de fin de niveau semble avant tout dépendre de la distance parcourue.

 

Attention aux zombies du futur

Attention aux zombies du futur

 

Quels ennemis ? Le premier niveau se déroulant dans un cimetière, notre brave personnage trucide des zombies qui ressemblent aussi un peu à des astronautes en aluminium. Ainsi que des bestioles vertes sautillantes, des espèces de troncs d’arbre mobiles possédés par le malin, et même des dragons. Quant au second niveau, il nous offre la joie de découvrir des fantômes volants, ainsi que des petits démons qui tentent de s’agripper à vous avec une remarquable opiniâtreté. Je suppose que le bestiaire s’enrichit plus tard, mais je n’ai pas pu m’en rendre compte par moi-même.

 

Le flux des ennemis ne laisse aucune respiration à votre héros. Inutile d’espérer avancer en les tuant méthodiquement : vous ne parviendrez qu’à faire du surplace. La seule solution consiste à courir en tuant ce que l’on peut, voire à sauter comme un malade en rebondissant parfois sur les ennemis eux-mêmes pour limiter les dégâts. Quelques bonus de santé peuvent se ramasser sur le chemin, mais la vie qu’ils confèrent ne compensent pas les dommages inévitables. La barre de vie de notre héros fond comme neige au soleil. Y compris lorsqu’il ne fait rien, à la manière cette fois d’un Wonder Boy.

 

Disons le mot : la jouabilité du titre relève de la torture. Bien sûr, on peut penser qu’un joueur plus compétent que moi saurait tirer son épingle du jeu. Ce ne serait pas la première fois. Sauf que la difficulté est ici renforcée par une maniabilité résolument inopérante. Si Demonia est fluide lorsque votre personnage court dans le vide, chaque ennemi vient considérablement le ralentir. Le prix d’un jeu trop coloré, là où Le 5ème Axe jouit d’une fluidité quasi-irréprochable ? Face à des adversaires trop nombreux ou trop rapides, se baisser, se retourner ou éviter un projectile devient vite mission impossible. Le jeu n’arrive simplement pas à s’assumer lui-même.

 

Les fantômes du niveau 2, ou les âmes égarées de tous les joueurs qui ont abandonné le jeu à ce moment précis

Les fantômes du niveau 2, ou les âmes égarées de tous les joueurs qui ont abandonné le jeu à ce moment précis

 

Fait remarquable, unique à ma connaissance sur Thomson : Demonia comporte une musique pendant la phase de jeu. Et cette musique, hélas, symbolise à elle seule l’incapacité du soft à tourner correctement. Alors que les notes se jouent vitesse grand V lorsque le jeu est fluide, elles rament autant que le reste du programme dès que les sprites se multiplient sur l’écran. Non seulement le joueur valeureux doit se débattre avec des commandes qui ne répondent presque plus, mais il doit se farcir un conglomérat haché de sons stridents qui tente, au bout de sa vie, de former une mélodie. On en a euthanasié pour moins que ça.

 

Demonia est un jeu dont j’aimerais dire du bien. Vraiment. Ses graphismes sympathiques et colorés ne sont pas sans rappeler quelques belles productions du CPC, et l’univers qu’il déploie (dans la ligné d’un Vampire ou d’un Sorcery) avait de quoi ravir le jeune garçon passionné de fantastique et d’épouvante que j’étais. Et que je suis toujours, mais en moins jeune, merci je suis au courant.

 

Difficile également de ne pas s’incliner devant le talent indéniable de son créateur, qui compose à lui tout seul un jeu réellement ambitieux et parvient à le faire tourner sur un MO5. Hélas, une fois de plus, il est bien difficile d’apprécier réellement un jeu dont la durée de chaque partie oscille entre trente secondes et deux minutes. Le tout dominé par un fort sentiment de frustration face à des ennemis en surnombre et des commandes aux abonnés absents. Dommage, car j’aurais aimé pouvoir avancer plus avant parmi qes niveaux et découvrir, peut-être, de nouveaux lieux et de nouveaux ennemis. Une (nouvelle) promesse non-tenue, en somme.

 

Dragons et troncs d'arbre au menu d'une mort assurée

Dragons et troncs d’arbre au menu d’une mort assurée

2 comments

  1. Samuel DEVULDER dit :

    Whaaa je connaissais pas! Un jeu aux graphismes travaillés (sisi) et colorés avec du son sur thomson, c’est du rarement vu. Bon du coup la jouabilité est naze, mais ca sur thomson, c’est la norme hélas.

    Je me demande si avec le debugger DCMoto il n’y aurait pas moyen de hacker le jeu pour se rentre invincible et ainsi faire tous les niveaux pour voir s’il promet beaucoup plus que ce que tu décris. A suivre?

    • Le Thomsonaute dit :

      Hello Sam, oui j’avais pensé à cette possibilité sans être capable moi-même de faire cela. Si quelqu’un a un truc, je suis preneur ! Ne serait-ce que pour savoir jusqu’où le jeu espérait nous mener.

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