Arkanoid vs Krakout

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Le combat du siècle

 

C’est l’histoire d’un genre dominant qui ne domine plus grand chose. À l’image des shoot-em-up, le casse-briques aura compté parmi les modes de jeu phare d’une époque, aussi simple que rudimentaire, du moins en apparence. Le Thomson bien sûr avait les siens. Deux titres sous la loupe aujourd’hui : le mythique Arkanoid, et le (trop) méconnu Krakout.

 

Mythique, Arkanoid ? Sans aucun doute. Borne d’arcade futuriste portée sur un grand nombre de différents supports, le nom du jeu résonne encore comme le prototype même du casse-briques.

 

Et il faut bien reconnaître que le casse-briques en soi n’a rien de bien sexy. Disons les choses comme elles sont : un casse-briques n’est jamais qu’un simulateur de « faire rebondir une balle de tennis contre un mur ». Ou, si vous préférez, un Pong en mode solo. Dit comme ça, c’est à vous dégouter d’être misanthrope.

 

Du coup, Arkanoid joue la carte de la science-fiction. « On ne sait pas dans quelle ère cette histoire se passe », indique le petit texte de présentation du jeu, qui défile à toute vitesse et enfile toutes les perles d’un Star Wars en mode doujin. Soyons juste : le texte en question reprend celui de la borne d’arcade, sans la petite cinématique qui allait avec toutefois, mais cela n’a rien de surprenant.

 

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Bienvenue dans la ruche.

 

 

Nous interprétons donc un vaisseau spatial qui a pu s’échapper de son vaisseau mère avant que celui-ci ne soit détruit, mais uniquement pour être fait prisonnier dans un piège de l’espace. Pour quelle raison notre vaisseau devient-il ensuite une raquette chargée de faire rebondir des balles sur des briques ? Le scénario ne l’explique pas.

 

Ironie lourde mise à part, Arkanoid dans sa version Thomson est casse-briques plutôt acceptable. Juste « plutôt » ? Parfaitement Mickey, parce qu’il souffre tout de même de quelques défauts assez rédhibitoires.

 

Comme je suis un garçon gentil, je vais commencer par les qualités, ou en tout cas LA qualité d’Arkanoid : sa fluidité. Le jeu est rapide, et malgré la présence d’un certain nombre de couleurs et de sprites à l’écran en même temps, ses ralentissements restent relativement anecdotiques. En fait, ils participent presque à la mécanique du jeu, tant souvent sa rapidité décontenance.

 

Au rayon des qualités, on notera également la richesse de bonus. En tapant sur certaines briques, votre balle peut en effet faire apparaître un bonus que vous aurez pour tâche d’attraper. Certains vous donnent trois balles, d’autres agrandissent votre raquette  – en bon anglais : « Enlarge your racket », donc – mais les deux plus importants sont le laser et la sortie.

 

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Le jeu dans le jeu : où est la balle ?

 

 

Le laser, comme son nom l’indique, équipe votre raquette de deux canons et vous permet de tirer sur les briques en même temps que vous gérez votre balle, ce qui est bien pratique tant la physique de cette dernière est bien souvent capricieuse. L’ennui, ou l’avantage je ne sais pas, c’est que le casse-briques se transforme alors en shoot-em-up à la Space Invaders. Quant à la sortie, comme son nom l’indique toujours, elle crée un passage où vous pouvez vous précipiter pour accéder au niveau suivant.

 

Et vue la difficulté des niveaux, vous serez heureux de croiser ce bonus, naturellement plus rare que les autres. On le trouve en tout cas assez aisément au premier niveau, sans doute pour donner envie aux joueurs de ne pas se dégoûter trop vite.

 

Car voilà, sa difficulté fait évidemment partie des défauts d’Arkanoid. Pour être franc, le souci est le même sur tous les supports, mais cette version Thomson souffre d’un visibilité assez catastrophique, la balle épousant la couleur du fond d’écran, effet caméléon qui peut la rendre quasi-invisible…

 

Ajoutons à cela un masque de collision capricieux avec la raquette, la balle ayant tendance à ne pas se rendre compte qu’elle vient de toucher le bord et se contentant de tomber dans le vide, et des effets de rebonds qui laissent parfois perplexes, et vous voici devant un jeu qui va demander beaucoup d’entraînement et de patience avant d’arriver à en faire quelque chose. Deux choses dont je ne dispose pas, je l’avoue. L’expérience de jeu n’est donc, au final, pas aussi agréable qu’on pourrait l’espérer…

 

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L’écran que vous verrez souvent.

 

 

Et si les graphismes ne sont ni bons ni mauvais, l’environnement sonore se distingue par sa sobriété : un simple bip strident quand la balle rebondit sur la raquette, et voilà tout. L’obtention de bonus, le changement de niveau, ou simplement la mort se déroulent dans le silence de l’espace où personne ne vous entendra crier. Une austérité regrettable, tant Arkanoid se veut tout de même un jeu énergique à la base…

 

Énergique, voilà un adjectif qui conviendra (un peu) moins à Krakout. Est-ce un défaut ? Pas nécessairement. J’ignore si le jeu s’est jamais embarrassé d’un scénario, pour ce qui me concerne je n’ai pas de manuel avec ma disquette contenant le jeu, et DCMOTO n’a pas non plus cela en stock. Nous ne saurons donc jamais quelle planète, quelle princesse ou quelle dimension nous devons sauver d’un désastre imminent, et c’est bien dommage.

 

Par contre, pas question de science-fiction avec ce digne concurrent d’Arkanoid. Au contraire, Krakout va chercher son esthétique dans le marbre, façon antique, ce qui lui donne un tout petit peu des allures de sauna gay. Plus sérieusement, Krakout pose sa petite ambiance rien qu’avec ce petit détail, ainsi qu’avec le petit bout de musique qu’il offre au joueur au début du jeu. Il en est même tellement fier qu’il n’est pas possible de l’abréger…

 

Krakout présente la particularité d’être un casse-briques en vue horizontale, et non verticale comme la plupart de ses congénères. Le côté Pong est donc encore plus marqué, mais l’on supporte dans le fond très bien la perte d’illusion de pesanteur qu’offre ce parti-pris.

 

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« Smiling faces I can see, but not for me »

 

 

On la supporte d’autant mieux que, contrairement à Arkanoid, Krakout est un jeu particulièrement lisible. En optant pour un fond d’écran implacablement noir, les concepteurs du jeu ont permis à notre raquette, notre balle ou nos ennemis de ne pas se confondre avec un décor qui n’aurait pas servi à grand-chose de toute manière.

 

Krakout propose également un environnement sonore plus fouillé que celui d’Arkanoid, mais tout de même très répétitif. Un petit « tac » quand la balle rebondit sur une brique, un drôle de « scrountch » quand elle détruit une brique ou un ennemi, et puis c’est marre.

 

Tiens mais les ennemis, au fait. Là encore, la différence entre Arkanoid et Krakout est parlante. Alors que dans le casse-briques du futur vous affrontez des créatures volantes représentées la plupart du temps par d’étranges figures géométriques, notre antique Krakout nous fait affronter des visages (plus ou moins) humains, puis une faune qui s’étoffera et se révèlera de plus en plus pernicieuse au fur et à mesure que les niveaux passeront.

 

À noter d’ailleurs que, si les ennemis d’Arkanoid foutent encore à peu près la paix au joueur dans les premiers niveaux, ceux de Krakout sont de sacrés emmerdeurs à compter du premier tableau. Ils font encore une fois partie des éléments qui en font un jeu difficile.

 

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Gare à la mouche qui pète !

 

 

À mesure que le temps s’écoule, ils sont de plus en plus nombreux, nuisant à la trajectoire de la balle qui change chaque fois qu’elle en touche un. En somme, s’il ne vous reste plus qu’une brique à détruire et une dizaine de têtes volantes face à vous, vous risquez d’en avoir pour un petit quart d’heure. Sans parler des abeilles qui paralyseront votre raquette si vous ne les évitez pas soigneusement…

 

Les bonus sont moins nombreux dans Krakout que dans Arkanoid, moins intéressants aussi. Mention spéciale pour la « glue », qui permet à la balle de rester collée à la raquette, permettant au joueur de mieux la positionner avant de la relancer. Il n’est pas rare que la balle aille en effet se coller à l’arrière de la raquette, la physique du jeu étant parfois un peu bizarre. Résultat : vous voici contraint de relancer votre balle vers une mort certaine. Sadique, quand même.

 

Un jeu difficile donc, mais dont il est totalement possible de voir l’intégralité des niveaux grâce au cheat le plus obvious de l’histoire du jeu vidéo. Krakout, pour des raisons étranges, se joue en effet avec le joystick branché sur le port 2. Mais si vous appuyez sur le bouton d’un joystick branché sur le port 1, vous avancez automatiquement d’un niveau.

 

Cette petite tricherie est tellement énorme que je me demande si elle ne relève pas du bug. Toujours est-il qu’elle permet de se faire une idée de l’étendue du jeu, par ailleurs tout à fait convenable, ainsi que de sa fin. Une fin qui, c’était prévisible, n’existe pas : une fois le dernier niveau vaincu, le joueur retombe sur le niveau 1.

 

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Le fond noir met d’autant plus en valeur le jeu de couleurs.

 

 

Au final, qui sort vainqueur du match Arkanoid vs Krakout ? Vous vous en doutez, j’ai tout de même une préférence pour le deuxième, ne serait-ce que pour les souvenirs qu’il représente, mais aussi pour son ambiance et sa lisibilité. Cependant, je me refuse à bouder Arkanoid : les grands classiques d’arcade n’ont pas été si souvent portés sur Thomson, et encore moins avec attention. Malgré ses défauts, le jeu me semble donc éminemment respectable. Mais aussi profondément agaçant.

 

À vous de tester et de vous faire une idée. Et si, par hasard, vous connaissez d’autres casse-briques sur Thomson qui valent le détour, n’hésitez pas à me les signaler, que j’organise un deuxième duel entre simulateurs de baballes qui rebondissent. Parce que oui, mon désoeuvrement confine à de telles extrémités !

 

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Article fini aussi !

3 comments

  1. Stan-W dit :

    Merci pour ton article et pour ton ressenti. Je n’ai possédé qu’Arkanoid et je le trouvais très jouable et adapté de belle manière compte tenu des capacités de la machine. De mémoire, la lisibilité de l’action ne m’a jamais fait pester mais il est vrai qu’on se contentait de ce qu’on avait et que le peu de mémoire alloué à l’affichage video ne devait pas permettre de faire beaucoup mieux.
    Il me semble l’avoir terminé sur cette machine mais je confonds peut-être avec la version Atari ST.

    Je n’ai connu Krakout que par le biais des pages de pub de Tilt et sa représentation horizontale ne m’attirait pas plus que ça.

  2. Spoutnik dit :

    Bonjour, il existe un autre casse brique sur Thomson (disponible sur DCMOTO):

    http://dcmoto.free.fr/programmes/atomik/index.html

    Ça en fait déjà un de plus!

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