Turbo Cup

René Metge, parrain du jeu, en mode pixel-art involontaire.

 

Piloter une Porsche Turbo sur quelques uns des plus prestigieux circuits de France, sentir le crissement des pneus en s’engageant dans des virages forcenés, s’accrocher à son levier de vitesse comme aux palpitations de son cœur, lancé à toute allure sur un bitume ardent. Qui n’a jamais rêvé de tout cela ? Moi. Je n’en ai rien à foutre. Je n’ai même pas le permis.

 

Clairement, les voitures n’ont jamais été mon truc. Ce qui ne m’a nullement empêché de vouloir l’édition Thomson de Turbo Cup, jeu de course qui fit petite sensation au moment de sa sortie en 1988. Pour ses qualités ? Peut-être. Mais surtout parce qu’il était vendu avec une reproduction miniature (mais de taille conséquente) de la Porche Turbo estampillée Loriciels qui s’était visiblement promenée sur quelques circuits de course de l’époque.

 

En plus de cette délicieuse initiative commerciale, le jeu se posait clairement sur le terrain de la performance. Pour les ordinateurs 16 bits Atari ou Amiga, cela se comprend. Ceux-ci avaient sous le capot de quoi faire tourner un jeu nerveux, où la sensation de vitesse est réelle et la maniabilité exigeante.

 

Pour la version Thomson, évidemment c’est une autre histoire. Pour autant, le jeu m’apparaissait comme une véritable prouesse technique. Un peu parce que c’est ainsi qu’on me le vendait mais aussi, plus que pour sa partie jeu, pour son écran d’introduction.

 

La solitude des longues étendues goudronnées.

 

Un écran sur lequel apparait une photographie digitalisée de René Metge, coureur automobile de l’époque et vainqueur en 1987 du trophée Porsche 944 Turbo Cup, son dernier titre visiblement. Ce n’était pas Alain Prost, mais je suppose que les amoureux de course automobile connaissaient le bonhomme. Détail amusant, René Metge était aussi le beau-frère de Coluche. Merci Wikipedia.

 

Bref, après environ trente heures de chargement survenait donc à l’écran une photographie digitalisée de René Metge, accompagnée d’une musique rock digitalisée agrémentée de sons digitalisés de crissements de pneus ou de moteurs vrombissants. Vous trouvez que j’emploie un peu trop le mot « digitalisé » ? C’est vrai, mais il y a une raison pour cela.

 

Nous sommes en 1988, bordel de Dieu. À cette époque, les imprimantes ressemblent à des machines à coudre et le Minitel est encore une technologie de pointe. Que l’on puisse « digitaliser » des choses, c’est le futur. Que mon Thomson puisse supporter une image et une musique digitalisées, c’était la fierté. L’impression de posséder une machine digne de la NASA. C’était tout cela, dans les yeux d’un enfant de 12 ans.

 

Alors évidemment, l’image ressemble à un improbable vomi de pixels ou, si vous préférez, à une œuvre pop-art réalisée par un artiste maudit juste avant son suicide. Mais quand même, elle était digitalisée, alors point barre, c’était génial. Quant à la musique, elle est franchement de bonne qualité pour les capacités d’un Thomson. Par contre elle vous restera dans la tête des jours entiers. Soyez prévenus.

 

Roulez bourréééééés !

 

Bon, je viens de consacrer quatre paragraphes au seul écran de présentation du jeu. Et le jeu alors, proprement dit ? Hé bien disons que c’est la partie la moins intéressante du lot. En fait, ils auraient pu se contenter de la voiture miniature, de la musique et de la photographie digitalisées, et j’aurais fait avec sans trop me plaindre.

 

Je l’ai dit, et je l’ai constaté par moi-même, la version 16 bits du jeu est nerveuse. « L’ambiance est très proche de la réalité. On se croirait presque dans la voiture tant les détails sont réalistes », ose même un coureur professionnel dans un article de Tilt de l’époque, relayé sur le site des amoureux de l’Amiga Obligement. À se demander pourquoi Kazunori Yamauchi s’est emmerdé à faire Gran Turismo.

 

La version Thomson de son côté est d’une chiantise abominable. Certes, je n’aime pas les jeux de bagnole à la base, mais même. Pour présenter vite fait le bousin, Turbo Cup propose de jouer sur quatre circuits différents : Magny-Cours, Dijon, Nogaro et Paul Ricard. La première phase est un tour de qualification, la seconde la course proprement dite, sur deux tours, contre une vingtaine d’adversaires. Après ça, ça se bloque et il faut faire reset.

 

Du point de vue graphique, ce n’est pas vilain : le jeu est coloré, la voiture est relativement bien faite, il y a même le détail d’un petit halo de lumière sur le toit, et la elle crache un peu de fumée, sans trop de conviction. Sinon, les automobiles concurrentes sont toutes pareilles, et le décor à l’horizon reste le même quel que soit le circuit sélectionné…

 

L’impression de circuler parmi un troupeau en pleine transhumance.

 

Pour le son c’est beaucoup plus sommaire : à l’exception de quelques tic-tic-tic quand les pneus crissent dans un virage serré, le jeu est totalement muet. Ce qui n’aide pas à lui insuffler un peu de vie, surtout quand la voiture roule à 200 dans un silence de mort ou fait des tonneaux sans émettre le moindre bruit.

 

La sensation de vitesse peut être là parfois, malgré l’absence de son, mais la maniabilité du jeu fait que vous allez vite vous retrouver dans le décor. Sans compter que l’accélération se fait en maintenant haut, ce qui n’aide pas à la manœuvre. Le bouton sert à bloquer la vitesse de la voiture. Ça peut être utile, mais à choisir ça n’aurait pas été plus mal de lui assigner le champignon.

 

Pour ce qui est du mode course à proprement parler, doubler les adversaires est une jolie gageure. La physique du jeu fait que les collisions sont souvent inévitables et très punitives, en particulier quand vous vous retrouvez au milieu d’un troupeau de voitures qui roulent sagement les unes derrière les autres en occupant la largeur de la route. Car il faut croire que vous êtes le seul à vouloir terminer premier : les autres gardent sagement leur moyenne sans se titiller le pare-choc une seconde.

 

Encore une fois, un habitué ou un passionné des jeux de course automobile trouveraient peut-être plus d’intérêt que moi à ce jeu. Et s’en sortirait probablement bien mieux que moi. Mais son manque cruel de pep fait tout de même de ce portage une réalisation bien décevante. Plutôt joli, bien emballé, Turbo Cup n’en est pas moins un jeu très ennuyeux, et certainement pas le meilleur soft du genre sur Thomson.

 

La fin du jeu ? L’écran de sélection en mode freeze…

6 comments

  1. __sam__ dit :

    Excellent comme d’ha

  2. Stan-W dit :

    je partage tout à fait ton avis. Je possédais la version ST (déjà pas terrible, l’animation étant très saccadée et la voiture se comportant comme un char d’assaut) ; mon meilleur pote, propriétaire d’un MO6, a fortement déchanté quand il a tenté la comparaison. En effet, passé le plaisir de l’écran de chargement, le jeu quasi muet n’invite pas à la compétition. Le soft n’est clairement pas adapté aux capacités des Thomson. Pour s’amuser, autant jouer à Runway II, franchement bon ou éventuellement à Top Chrono, bien que la perspective de la piste soit étrange).
    En tout cas, je prends vraiment plaisir à lire tes trop rares articles. Merci.

    • Le Thomsonaute dit :

      Merci pour ton commentaire Stan, je partage ton opinion sur Runway II que j’envisage de chroniquer un jour : nerveux, proposant un créateur de course avec un grand panel d’options, le jeu est mille fois moins beau mais… bien plus ludique !

      Et je te rejoins encore : mes articles sont trop rares. Dur de maintenir un rythme ou une fréquence quand on a diverses activités annexes (le travail, d’autres blogs…), mais c’est notre lot à tous. 😉

  3. Fonf dit :

    Super article comme les autres.

    Je me souviens bien de ce jeu mais je me souvenais pas si j’y avais joué sur le thomson ou sur le ST. J’ai ma réponse avec le coup de la miniature… N’ayant jamais eu la reproduction miniature de la voiture, j’en déduis que j’y jouais sur une version pirate. Et qui dit pirate dit époque ST 🙂

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